François Fillon                                                                       Monsieur le Préfet d’Eure et Loir

Agrégé de Biologie-Géologie et

Professeur de Sciences de la Vie et de la Terre

Membre de la commission eaux Vernouillet

Amicale des vallées

59 rue Luther King

28500 Vernouillet                                                                  Le 30 juin 2005

 

 

 

Monsieur le Préfet,

 

Depuis la réunion du 9 juin 2005 à la préfecture que vous avez animée entre représentants de l’état (DDASS, DRIRE, …) hydrogéologues, élus, représentants d’associations et du carrier GSM, les arguments et idées apportées par les uns et les autres au sujet du projet de la carrière à Saulnières ont eu le temps de décanter.

 

La synthèse que nous pouvons en faire aujourd’hui doit partir de la dangerosité du polymère utilisé pour floculer les argiles, déclaré cancérogène par l’AFSSA (classe 2) qui sera stocké, accumulé en quantité considérable au sein même de la nappe aquifère du pays drouais.

Les arguments apportés par le vendeur du produit (macro-molécule, fixation par liaisons électrostatique sur l’argile…) ne sont pas rassurants pour l’avenir. En effet un tel polymère s’il est faiblement biodégradable, son métabolite est directement cancérogène et des liaisons électrostatiques sont particulièrement faibles en milieu acide. Ce qui est le cas des structures argilosableuses, silicieuses tels les biefs à silex qui sont facilement podzolisés, lessivés.

 

Je ne me permettrais pas de vous infliger un cours de géochimie mais le problème de santé humaine qui risque à moyen terme de se poser en région drouaise est très préoccupant.

 

Lors de la réunion du 9 juin, l’hydrogéologue officiel et le courrier n’ont apporté aucune confirmation et preuve de l’étanchéité du site prévu pour l’exploitation. La nappe aquifère présente dans la formation sablo silicieuse exploitée communique directement avec la nappe sous jacente de la craie. Aucun forage (carottage) profond n’a été effectué sur le site, aucune étude piézomètrique rigoureuse n’a été effectuée à l’aide de doublets piézomètriques, d’essais de pompages.

Quant aux prétendus courants ascendants protecteurs de la nappe au niveau du projet, ils résultent non pas d’une observation directe à l’aide de piézomètres mais d’une interprétation incomplète de la topographie de la nappe. Par rapport aux plateaux voisins situés à l’Est et au Sud qui alimentent la nappe, la différence d’altitude pourrait justifier dans un système captif de tels courants vers l’Ouest et le Nord surtout, la baisse de l’altitude provoque une dépression et un écoulement de la nappe de la craie vers l’agglomération drouaise.

Tous les captages en eau potable de Crecy, Aunay, Tréon, Vernouillet et Dreux qui alimentent en aval plus de 50 000 personnes accentuent et accélèrent cet écoulement fissural.

 

Si le principe de précaution ne peut être appliqué contre tout projet, il n’en demeure pas moins que celui-ci, sur ce site, est très inquiétant quant à la santé à moyen terme de la population drouaise.

 

D’autres expertises devraient être réalisées, d’autres techniques envisagées avant qu’un accord ne soit donné par arrêté préfectoral.

Une charte de gestion des gravats qui vient d’être signée avec l’UNICEM pour accueillir les déchets fait appel au principe pollueur payeur. S’il était techniquement possible de décontaminer la nappe de la craie de ce polymère toxique et des argiles qui y seront stockés en quantité importante à Saulnières, qui en sera financièrement responsable ?

Le carrier qui a utilisé le produit et stocké le déchet, le propriétaire des terrains à l’origine du projet et qui jouira d’un important contrat de fortage, les services administratifs qui ont accepté et validé ce projet, les consommateurs d’eau du drouais qui utilisent cette nappe venue de la forêt de Senonches et qui a le malheur de drainer la région de Saulnières ?

 

La réunion du 9 juin nous a permis de constater que trop d’incertitudes géologiques, hydrogéologiques et de santé humaine planaient sur cette étude pour qu’une acceptation soit donnée à ce projet.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Préfet, à mes sincères remerciements en particulier pour l’ouverture au débat de ce projet de carrière afin de mieux cerner l’impact environnemental, la réalité hydrogéologique et les conséquences prévisibles sur la santé de l’homme.

 

Croyez en mes salutations respectueuses.

 

 

François Fillon